Projets encyclopédiques et circulations des savoirs, 1500-1750

Projets encyclopédiques et circulations des savoirs, 1500-1750

Argumentaire


Le mot encyclopédie, introduit par Rabelais en français et défini par Guillaume Budé comme « érudition circulaire » conformément à son étymologie grecque de « cercle des connaissances », place en son centre le savoir et autorise à penser le fondement même du projet encyclopédique de la première modernité par ce mouvement de circulation des savoirs, opérations complexes de transformation, d’adaptation, de traduction, de translation, consubstantielles au déplacement d’un « lieu de savoir » à un autre. Le projet encyclopédique procède à une opération intense d’intertextualité mettant en œuvre une « circulation circulaire de l’information », alors que, telle une « machine textuelle » vorace, il copie, plagie, emprunte, adapte, absorbe, intègre, reprend des textes à d’autres ouvrages de référence ainsi qu’à une variété de textes anciens et contemporains. Ainsi, à l’image du cercle, le projet encyclopédique s’affirme en tant qu’unité et comme mouvement, sans fin, dans le déploiement des médiations et des transformations des contenus.

L’Encyclopédie de Denis Diderot et Jean Le Rond d’Alembert, considérée comme le paradigme du genre, a beaucoup mobilisé les études critiques sur l’encyclopédisme, c’est pourquoi ce colloque souhaite analyser le phénomène avant l’Encyclopédie et éviter le piège téléologique qui consiste à tout relier à l’anticipation de son avènement. Le colloque souhaite plutôt rendre compte de la variété et de la complexité de l’encyclopédisme avant la cristallisation du genre. En effet, les projets encyclopédiques se sont multipliés depuis la Renaissance, portés par l’humanisme, l’accumulation et l’inflation des connaissances et par la technologie de l’imprimerie. Si l’encyclopédisme humaniste ne se matérialise pas par la réalisation d’une encyclopédie au sens moderne du terme avant 1630, la notion s’impose dans la culture savante. Les projets encyclopédiques prennent des formes variées pour organiser l’abondance des savoirs, signifier des principes d’ordonnancement et de classification, assurer la circulation et transmission des savoirs. Les projets encyclopédiques se matérialisent certes par le livre comme l’a si bien analysé Ann Blair (2020) (dictionnaires spécialisés, ouvrages de référence, commentaires, compendium, listes, catalogues, etc.), mais aussi le transcendent par les métaphores et représentations totalisantes ordonnant et classifiant les savoirs ; il entretient des rapports de proximité avec les collections (images, artefacts, livres), la bibliothèque, le musée, les archives, le récit de voyage, etc., dès lors que l’entreprise aspire à la totalité, à tout le moins à l’exhaustivité, propose une vision synoptique du monde, sinon d’un monde, et met en œuvre un projet pédagogique de transmission des savoirs.

Ce colloque propose une rencontre des disciplines (histoire, histoire de l’art, histoire des sciences, histoire du livre, littérature, philosophie) pour analyser les projets encyclopédiques de la première modernité dans ses formes matérielles et idéelles.

Comité organisateur 


  • Pascal Bastien (Université du Québec à Montréal)
  • Claude La Charité (Université du Québec à Rimouski)
  • Lyse Roy (Université du Québec à Montréal)

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